L'Etat et les banques françaises
L'IREF dans le Wall Street Journal


Cet article écrit par Nicolas Lecaussin et intitulé "What's the matter with the French Banks ?" a été publié (13 septembre) par le quotidien The Wall Street Journal dans ses deux éditions, américaine et européenne. Vous pouvez lire l'article en ligne ou, plus bas, en version anglaise et française.
"We can no longer borrow dollars. U.S. money-market funds are not lending to us anymore,” a bank executive for BNP Paribas, who declines to be named, told me last week. “Since we don’t have access to dollars anymore, we’re creating a market in euros. This is a first. . . we hope it will work, otherwise the downward spiral will be hell. We will no longer be trusted at all and no one will lend to us anymore.”
He’s not the only one worried. Société Générale has lost 22.5% of its value since the beginning of the summer. In early September, BNP released a statement—in English, which is highly unusual—explaining that it has abundant dollar liquidity and that BNP has nothing to worry about, unlike other banks. France’s three biggest banks have been the subject of whisper campaigns about their solvency throughout the summer.
On the surface at least, the concerns are hardly groundless. BNP, Société Générale and Crédit Agricole together hold a total of $57 billion in Greek sovereign and private debt, versus $34 billion held by the largest German banks and $14 billion at British banks. And then there is Spain and Italy. French banks held more than €140 billion in total Spanish debt and almost €400 billion in Italian debt as of December, according to the latest figures from the Bank for International Settlements. If either of these governments were to default on their debts, their banking systems could collapse and take the French system along with them. BNP, Société Générale and Credit Agricole all say that their finances are in order and the market worries are unfounded.
But it’s difficult for the BNP executive to hide his concern. “Look at the French banks’ debt holdings versus those of U.S. banks,” he continues. “The total debt of the three big U.S. banks (Bank of America, JP Morgan and Citigroup) is $5.86 trillion, or 39% of GDP, while the debts of BNP, Crédit Agricole and Société Générale come to €4.7 trillion, or 250% of French GDP.”
Now that the situation is bordering on catastrophe, analysts are suggesting that the government is set to start nationalizing France’s banks. The banks have remained silent on the matter, and the government denies this talk. That’s just as well—the last time the French state intervened in the banking system in a big way, the results were disastrous. As recently as the 1980s, most French banks were owned by the state, and by the 1990s the sector was bordering on bankruptcy. The size of the French banking sector shrank by nearly 50% during the decade, while the banking sectors in other countries such as Britain and the U.S. grew by 39% and 50%, respectively.
The most famous case of that time was that of Crédit Lyonnais, which was plagued by mismanagement throughout the 1980s and 1990s until it shifted its debts and liabilities into a new state-owned company, the Consortium de Réalisation. In 2003 Crédit Lyonnais was taken over by Crédit Agricole, but in July 2008 its bills came due anyway. An arbitration court ordered the Consortium de Réalisation to pay €240 million to the liquidators of the Bernard Tapie group, along with €105 million in interest and €45 million in moral damages—so, a total of €395 million for just one erstwhile borrower. Meanwhile, the SdBO (Western Bank Corporation), a subsidiary of Crédit Lyonnais, lent sums to the Tapie family that added up to more than two-and-a-half times the bank’s total capital. French taxpayers later had to cover these sums, following protracted legal proceedings. All told, Frenchmen paid out more than €15 billion for the mismanagement of Crédit Lyonnais over the years.
Then there was the case of French mortgage lender Crédit Foncier, whose taxpayer-backed losses came to €2 billion. The Hervet bank (now part of the HSBC group) announced the first losses in its history after its 1982 nationalization. The International Bank for West Africa (BIAO) was on the verge of default in 1988 when it was taken over by BNP.
These and other disasters were brought on by the bank nationalizations of the early 1980s. But the subsequent privatizations have not done much to radically change the composition of French banks’ boards. The are still dominated by the alumni of France’s famous ENA, the Ecole Nationale d’Administration, and by officials who have worked at the Ministry of Finance.
The revolving door between the government and the banks is a particularly French one. Even so, it’s worth noting a study by the Management Institute at the Université of La Rochelle, which finds that banks that are administered by government-linked technocrats are more indebted than those that are not.
Whether the market’s worst fears are realized or not, French banks certainly maintain an all-too close relationship to the state. This opaque system doesn’t offer outsiders much visibility, save for the knowledge that indebted banks and an indebted French state intend to continue to cover each other, no matter the cost and on taxpayers’ backs if they must. If U.S. money-market managers no longer trust the French system, this is a glaring reason why. The fastest way to regain their trust would be to end this system.
Mr. Lecaussin is director of development at France’s Institute for Economic and Fiscal Research (IREF).
« Nous ne pouvons plus emprunter des dollars. Les fonds monétaires américains ne nous en prêtent plus », me dit A.M., cadre dans une très grande banque française. « Comme nous n’avons plus accès aux dollars, nous sommes en train de créer un marché en euros. C’est une grande première… Espérons que ça va marcher, sinon, la spirale sera infernale. On ne se fera plus confiance du tout et on se prêtera plus entre nous ». AM se veut rassurant mais les signes sont là. Il y a déjà eu les « rumeurs » sur la France et la Société générale début août. D'abord la rumeur sur la dégradation de la note souveraine de la France, démentie par les trois agences. Deuxièmement, le plan d'aide à la Grèce pourrait être étendu aux obligations à échéance 2024, ce qui alourdirait les pertes des banques françaises et de la Société générale en particulier (...) Enfin, et c'est la pire de toute, il se préparerait un plan de sauvetage de la Société générale avec une nationalisation de la banque, une rumeur également démentie par la banque. A cause des rumeurs, le titre de la banque a perdu jusqu’à 22.5 % de sa valeur. Début septembre, c’est la BNP qui publie un communiqué – uniquement en anglais, ce qui est très inhabituel – expliquant qu’elle dispose de liquidités en dollars en abondance et qu’elle n’a rien à craindre à ce sujet, sous entendu, contrairement à d’autres banques… Rumeurs ? « Il y a une part de vérité dans toutes ces rumeurs, continue AM. La Société Générale, la BNP et le Crédit Agricole détiennent 57 Milliards de dollars de dette souveraine grecque et d’entreprises contre 34 Milliards pour les banques allemandes et 14 Milliards seulement pour les banques britanniques ! Et il y a aussi l’Espagne. Aujourd’hui, 10 % des ménages espagnols ne paient plus leurs crédits. Qui remboursera les banques ? Si les pays font faillite et sont abandonnés, les systèmes bancaires espagnol et français s’écroulent ». A.M. a du mal à cacher son inquiétude. « Regardez les dette des banques françaises par rapport aux banques américaines. Le total des dettes des trois big banks des Etats-Unis (Bank of America, JP Morgan, Citigroup) est de 5 860 milliards de dollars soit 39 % du PIB alors que les dettes de nos trois grandes banques (BNP, Crédit Agricole et Société générale) est au total de 4 700 Mds d’euros, soit 2.5 le PIB de la France. » (chiffres donnés par le professeur Jean-Pierre Chevallier : http://chevallier.biz/)
Maintenant, quand la situation est catastrophique, on parle de la nationalisation des banques françaises. Mais se souvient-on de la catastrophe des interventions de l’Etat dans le système bancaire ? Il faudrait rappeler a période où les banques françaises étaient détenues par…l’Etat en commençant par la plus célèbre d’entre elles, le Crédit Lyonnais. Le 7 juillet 2008, un tribunal arbitral a condamné le Consortium de réalisation (CDR) – organisme chargé de gérer le passif du Crédit Lyonnais – à verser 240 millions d’euros aux liquidateurs du groupe Bernard Tapie. A quoi se sont ajoutés 105 millions d’intérêts et 45 millions de préjudice moral, donc un total de 395 millions d’euros. Dans l’affaire du Crédit Lyonnais, le contribuable est obligé de payer pour les turpitudes de l’Etat. En réalité, ce n’est pas une affaire mais des affaires qui ont explosé entre 1982 et 1999 lorsque la banque appartenait à l’Etat : l’affaire Metro Goldwin Mayer (MGM), Sasea, Executive Life, etc… Au total, les Français auront déboursé plus de 15 Milliards ds d’euros afin de payer pour la gestion catastrophique et affairiste du Crédit Lyonnais durant toutes ces années.
En plus du désastre du Crédit Lyonnais, il y a eu aussi celui du Crédit Foncier (2 Mds d’euros de pertes) et de l’Agence Française de Développement. Le secteur bancaire par exemple, nationalisé au début des années 1980 se trouvait au début des années 1990 en situation de quasi-faillite. La valeur ajoutée du secteur avait reculé de presque 50 % alors que dans les autres pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, elle avait augmenté de 39 et, respectivement, 50 %. Parmi ces échecs : la banque Hervet qui enregistre les premières pertes de son histoire après sa nationalisation en 1982 ; la BIAO (Banque Internationale pour l’Afrique de l’Ouest) est au bord de la faillite en 1988 lorsqu’elle est reprise par la BNP ; la SDBO (Société de banque occidentale), filiale du Crédit Lyonnais, connue pour les prêts accordés à la famille Tapie et qui représentaient deux fois et demie les fonds propres de la Banque ! ; le CCF (Crédit commercial de France) se situant en quasi-faillite en 1987 après des prêts insensés accordés au Brésil ; Le Comptoir des entrepreneurs et les achats immobiliers suivis d’une surévaluation frauduleuse de la part d’une institution financière dotée d’une mission de service public ; le blanchiment d’argent de la Société marseillaise de Crédit, etc…
La privatisation de ces banques et le désengagement de l’Etat n’ont pas changé radicalement la composition de leurs conseils d’administration. Ils sont toujours dominés par des anciens élèves de l’ENA (Ecole Nationale d’administration), des hauts fonctionnaires qui ont travaillé au ministère des Finances. Le pantouflage, c’est l’une des particularités françaises. Or, une étude réalisée par l’Institut de gestion de La Rochelle démontre que les banques administrées par les énarques sont plus endettées que les autres. C’est le cas de la BNP et de la Société Générale dirigées par deux énarques, anciens hauts fonctionnaires. Rumeurs ou non, les banques françaises ont encore une relation étroite avec l’Etat. L’une des premières choses à faire c’est qu’elle s’en débarrassent.









